Nirsevimab : une révolution dans la protection des nourrissons contre le VRS

Le monde mĂ©dical est en Ă©bullition. Une avancĂ©e majeure vient d’ĂŞtre rĂ©alisĂ©e dans la protection des nourrissons contre le virus respiratoire syncytial (VRS). Nirsevimab, un nouvel anticorps, a Ă©tĂ© approuvĂ© par la FDA pour protĂ©ger les nouveau-nĂ©s contre ce virus qui attaque les poumons et est la principale cause d’hospitalisation chez les nourrissons de moins d’un an aux États-Unis chaque annĂ©e.

Nirsevimab, commercialisĂ© sous le nom de Beyfortus, n’est pas un vaccin. Contrairement aux vaccins qui stimulent le corps pour produire des anticorps pour se dĂ©fendre contre les agents pathogènes, Nirsevimab est une forme d’immunitĂ© passive. C’est un anticorps prĂŞt Ă  l’emploi qui peut se lier au virus et l’empĂŞcher d’infecter les cellules saines. Le système immunitaire n’a rien Ă  produire.

Il est administrĂ© en une seule injection Ă  un nourrisson avant la saison du VRS, qui atteint gĂ©nĂ©ralement son pic pendant les mois d’automne et d’hiver. L’approbation de la FDA permet Ă©galement une deuxième injection pour les nourrissons jusqu’Ă  24 mois qui restent vulnĂ©rables pendant leur deuxième saison de VRS.

Le Dr John Farley, directeur du Bureau des maladies infectieuses au Centre d’Ă©valuation et de recherche sur les mĂ©dicaments de la FDA, a soulignĂ© l’importance de cette approbation. Selon lui, elle rĂ©pond Ă  un grand besoin de produits pour aider Ă  rĂ©duire l’impact de la maladie VRS sur les enfants, les familles et le système de santĂ©.

Après l’approbation de la FDA, le ComitĂ© consultatif sur les pratiques d’immunisation (ACIP) des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis donnera son avis. L’ACIP a Ă©mis des recommandations prĂ©liminaires et des considĂ©rations cliniques pour l’utilisation de Nirsevimab, mais le groupe devrait formaliser ces recommandations par un vote lors de sa prochaine rĂ©union.

Une fois que le CDC aura donnĂ© son feu vert, Nirsevimab deviendra le deuxième anticorps disponible pour protĂ©ger les jeunes enfants contre le VRS. Le premier, appelĂ© palivizumab ou Synagis, n’a Ă©tĂ© utilisĂ© que pour protĂ©ger les bĂ©bĂ©s les plus vulnĂ©rables : ceux nĂ©s prĂ©maturĂ©ment et âgĂ©s de moins de 6 mois. Il ne reste qu’un court moment dans le corps, donc les mĂ©decins le donnent une fois par mois, juste avant la saison du VRS, jusqu’Ă  ce que le risque soit passĂ©.

L’anticorps prĂ©sent dans Nirsevimab a Ă©tĂ© stabilisĂ© pour qu’il dure plus longtemps dans le corps – quatre Ă  six mois – et il semble ĂŞtre plus puissant. Il est approuvĂ© pour une utilisation chez tous les nourrissons, mĂŞme les nourrissons en bonne santĂ© nĂ©s Ă  terme.

Le Dr Rachel Dawkins, directrice mĂ©dicale des cliniques mĂ©dicales pĂ©diatriques et adolescentes Ă  l’hĂ´pital pour enfants Johns Hopkins All Ă  St. Petersburg, en Floride, a exprimĂ© son enthousiasme Ă  l’idĂ©e d’avoir une immunisation pour prĂ©venir les maladies graves dues au VRS. Selon elle, ce virus peut affecter tous les bĂ©bĂ©s, pas seulement ceux qui ont certaines conditions de santĂ©, mais aussi les bĂ©bĂ©s en bonne santĂ©.

Nirsevimab pourrait ne pas ĂŞtre la seule option pour prĂ©venir l’infection cet automne. La FDA examine actuellement l’approbation du vaccin de Pfizer pour les femmes enceintes qui protĂ©gerait Ă©galement les bĂ©bĂ©s. Dans ce cas, c’est la mère qui produit les anticorps, qui traversent le placenta pour protĂ©ger le fĹ“tus et sont censĂ©s durer pendant les premiers mois de vie du nourrisson.

Ce vaccin protĂ©gerait les bĂ©bĂ©s dès leur naissance, un avantage si l’infection se manifeste hors saison. Les vaccins incitent Ă©galement le corps de la mère Ă  produire plus d’un type d’anticorps, ce qui offrirait une protection Ă  spectre plus large.

Dans une prĂ©sentation lors de leur rĂ©union de juin, le comitĂ© de l’ACIP rĂ©flĂ©chissant Ă  l’utilisation potentielle de l’anticorps a dĂ©clarĂ© qu’il pourrait ĂŞtre judicieux de donner les deux types de protection dans certaines circonstances, mais que la plupart des bĂ©bĂ©s en bonne santĂ© n’auront besoin que de l’un ou de l’autre.

Le Dr Michael Greenberg, pĂ©diatre et responsable mĂ©dical nord-amĂ©ricain des vaccins pour Sanofi, l’entreprise qui commercialise l’anticorps, a dĂ©clarĂ© que Nirsevimab est vraiment le premier Ă  pouvoir offrir une protection Ă  tous les nourrissons, indĂ©pendamment de leur date de naissance, grâce Ă  la flexibilitĂ© dans le calendrier d’administration.

Dans les essais cliniques qui ont conduit Ă  son approbation, Nirsevimab a rĂ©duit d’environ 70% le risque qu’un bĂ©bĂ© ait besoin d’une visite chez le mĂ©decin pour le VRS, et il a Ă©tĂ© environ 78% efficace pour prĂ©venir les hospitalisations dues au VRS par rapport Ă  un placebo, selon une analyse de la FDA.

Cela signifie que Nirsevimab prĂ©viendrait 1 hospitalisation pour VRS pour chaque 56 nourrissons traitĂ©s. Ainsi, mĂŞme si les anticorps comme celui-ci ont tendance Ă  ĂŞtre coĂ»teux, les mĂ©decins disent que s’il permet de garder les bĂ©bĂ©s hors de l’hĂ´pital, cela en vaudra probablement le coĂ»t.

Dans les Ă©tudes, le traitement a Ă©tĂ© gĂ©nĂ©ralement sĂ»r et bien tolĂ©rĂ©. Quelques nourrissons – moins de 1% – ont eu des rĂ©actions cutanĂ©es après leurs injections, mais celles-ci ont disparu avec le traitement.

Le VRS est la principale cause d’hospitalisation chez les nourrissons jusqu’Ă  1 an. La plupart des bĂ©bĂ©s atteints de VRS ont besoin d’oxygène supplĂ©mentaire ; les mĂ©decins aident Ă  soutenir leur respiration pendant deux ou trois jours, puis ils se rĂ©tablissent.

Dans de rares cas, le VRS peut ĂŞtre mortel. Selon le CDC, il tue entre 100 et 300 nourrissons chaque annĂ©e. Et ce n’est pas seulement une menace pour les jeunes enfants ; le VRS rend malades et tue les personnes âgĂ©es chaque annĂ©e. Des vaccins destinĂ©s aux personnes âgĂ©es viennent d’ĂŞtre approuvĂ©s.

Le Dr Frank Esper, spĂ©cialiste des maladies infectieuses pĂ©diatriques Ă  la Cleveland Clinic dans l’Ohio, a soulignĂ© l’importance de cette avancĂ©e. Selon lui, tout ce qui peut aider Ă  lutter contre ce problème est une bonne chose.

Il y a huit ans, Cheryl Meany a participĂ© Ă  une Ă©tude prĂ©liminaire sur Nirsevimab lorsqu’elle Ă©tait enceinte de jumelles. Les bĂ©bĂ©s sont nĂ©s un peu tĂ´t, Ă  33 semaines, comme c’est souvent le cas pour les jumeaux, et leur arrivĂ©e prĂ©coce signifiait qu’ils Ă©taient plus vulnĂ©rables aux infections. Elle a dĂ©clarĂ© qu’elle Ă©tait prudente quant Ă  sa participation Ă  l’Ă©tude, mais son mĂ©decin lui a dit qu’il le ferait absolument si c’Ă©taient ses propres enfants.

Ses nouveau-nĂ©s ont reçu des injections peu après la naissance, mais elle n’a dĂ©couvert qu’ils avaient reçu les anticorps actifs que près de cinq ans plus tard. Elle dit que ses jumelles Ă©taient en garderie Ă  l’Ă©poque, « et elles ne sont jamais tombĂ©es malades ».

C’est une vĂ©ritable rĂ©volution dans la protection des nourrissons contre le VRS. Nirsevimab offre une nouvelle option pour protĂ©ger les bĂ©bĂ©s contre ce virus qui attaque les poumons. C’est une avancĂ©e majeure qui pourrait changer la donne dans la lutte contre le VRS, un virus qui affecte des milliers de nourrissons chaque annĂ©e.

Derniers articles

ça va vous intéresser